Bientôt

Bientôt je n’aurais plus peur du noir
Des éclairs du bruit des avions
Du vide derrière les balcons
De te faire mal sans le vouloir
De parler dans le téléphone
De tout brûler dans mes parages
De tout lâcher dans les virages
Peur de ne plus aimer personne

Sur de défendre mon bon droit
Je rendrais les coups je donnerais des baffes
Je serais bonne en orthographe
Bientôt je serais fière de moi

Les nuages passent
Les voisins d’en face on repeint leur terrasse
Taillé tout ce qui dépasse
Souviens-toi quand on s’est connu
Au lit du ciel les arbres nus
Le vent nous apporte l’été
On avait rien demandé
On est pourtant prié de ne plus laisser traîner
Toutes nos particularités

Facile à rire et à rimer
J’aurais de la conversation
Je me souviendrais du prénom
Du nom du titre et de l’année
Quand on me lancera des fleurs
Je ne serais plus si maladroite
Je saurais ma gauche et ma droite
Sans chercher le bruit de mon cœur

N’aurais plus ce ventre affamé
Voulant une chose et son contraire
Plus le sourire de la crémière
Tout, tout de suite, et tout entier

Les nuages passent…..

Aurais la réponse adéquate
A la question « comment ça va ? »
Ne me démettrais plus les bras
Retrouverais les ouvre-boîtes

N’aurais plus envie de pleurer
Sans quelques raisons présentables
Ne serais plus désagréable
Sans quelques raisons justifiées

Facile à faire visiter
Comme une chambre bien rangée
Et sans vouloir vous commander
Vous feriez bien de m’imiter

N’être plus trop grand ni trop bête
Trop vieux trop jeune trop lent trop doué
Trop pâle trop bridé trop bronzé
Trop différent pour être honnête
Ça éviterait de s’étonner de se fâcher de se fatiguer
De s’inquiéter de s’énerver….

Ça nous éviterait de nous aimer.

SABINE
DRABOWITCH