Scarabée d’or

Petit scarabée d’or
en quête de victoire
dénicheur de trésor
chemine dans le soir
Brave petit soldat
plus malheureux que moi
qui ne suis que buée
La vie est dure le reste moins

Je voudrais être une algue emmêlée à ton cou
à jamais alanguie ne plus rien inventer
balancée dans ton ciel comme un nuage flou
distiller le plaisir de ne plus exister
en existant quand même

Je voudrais me poser là sur ta carapace
vieille feuille fanée comme une dentellière
on me verrait les os et j’aurais cette grâce
des danseuses légères sur ton dos de cuillère
petit scarabée d’or

Si j’étais grain de sable entre tes doigts de pied
bien au chaud pour toujours tout me serait égal
sur notre vieille terre je ne serais gênée
Pas même par l’odeur de tes vieilles sandales
je n’aurais plus de nez

Morte comme une feuille ne pesant que ma chute
sur ton dos écuyère comme l’ombre d’un doute
adoucissant un peu tes colères et tes luttes
d’un automne incongru allongé sur ta route
petit scarabée d’or

Mais je suis sur le point culminant de tomber
je sui le cri la chute le choc et puis la suite
lourde comme un télégramme avant son arrivée
tentant de justifier sa méchanceté gratuite

Je suis un mur fermé de la rue des rosiers
et la larme jaunie sur la vitre bancale
avec sa plante en pot aux épines fanées
devant les yeux du vieux dessinant une étoile

Je suis la cathédrale attaquée du dedans
par son immense coeur où les fidèles grouillent
grignotée par ses orgues et leurs rugissements
pleurant un chant d’amour de toutes ses gargouilles

Et je suis le vieillard gueulant le point levé
en écrasant la larme
« J’emmerde les étoiles ! »

Petit scarabée d’or
en quête de victoire
dénicheur de trésor
chemine dans le soir
Brave petit soldat
plus malheureux que moi
qui ne suis que buée
La vie est dure le reste moins

SABINE
DRABOWITCH